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Le pont du diable

Il est un endroit, là où la terre finit et où commence l’eau, baptisé «  Pont du Diable ».
Je vous entends déjà : « ah oui, c’est ici » ou « c’est près de chez moi » … Tant le Diable est mêlé à de nombreuses histoires de « passage ».
Celui-là se trouve au-dessus de l’Aber Wrac’h et relie deux communes du Finistère Nord, Lannilis et Plouguerneau.

Pour mieux comprendre la suite, savez-vous d’abord ce qu’est un Aber ? C’est, dit le Larousse,
« une basse vallée d’un cours d’eau envahie par la mer, formant un estuaire profond et découpé ».

Voilà les pensées qui agitaient la cervelle d’un brave meunier qui perdait beaucoup de temps pour livrer sa farine de l’autre côté. Tout brave qu’il était, il sentait bien qu’il y avait matière à se remplir les poches, s’il pouvait se déplacer plus rapidement .
Que faire ? Un pont ? .. Difficile… Certains s’y étaient essayés et avaient dû renoncer…
Notre meunier, tout occupé à chercher une solution, fut soudain distrait de ses pensées par un jeune homme souriant, très élégant, qui s’était approché sans faire de bruit. Un grand chapeau orné d’une plume, de grandes bottes, c’est un seigneur s’imagina notre homme…
Ce qu'il ne comprit pas c’est ce que cachaient ce chapeau et ces bottes : des cornes et deux pieds fourchus ! C’était le Diable…

- Bonjour, mon brave. Je vous vois bien pensif.
- C’est que, Monseigneur, je me demandais comment passer de l’autre côté sans perdre trop de temps. Mes clients veulent leur farine au plus vite…
- Est ce qu'un pont entre les deux rives te faciliterait la vie ?
- Bien sûr Monseigneur, mais tous ceux qui ont essayé se sont noyés ou ont perdu leurs outils et leurs matériaux. La mer est la plus forte !
- Je peux dompter la mer, et même te construire un pont en une nuit.
- Mais Monseigneur ce n’est pas possible, je vous dis !
Et bien moi, je te dis que si ! Mais il y a une condition à cela : je prendrai l’âme du premier qui traversera.

Le meunier comprit alors  à qui il avait affaire, mais très curieux, conclut le marché d’un « Top-là » magistral et il rentra chez lui.
Toute la nuit, les habitants de la région furent tenus éveillés par des bruits épouvantables venant de l’Aber. Personne n’osa aller voir ce qui se passait… La nuit, on fait toujours de mauvaises rencontres…
Dès que le jour fut levé, notre meunier partit, un sac de farine sur le dos pour le livrer de l’autre côté. Et là, Oh surprise, un pont de pierre reliait les deux berges. Trop content, il s’apprêtait à traverser lorsqu'il aperçut le Maître d’œuvre de l’autre côté, et se rappela le marché.
Il fit demi-tour et revint quelques instants plus tard avec un autre sac, animé de drôles de soubresauts.  Arrivé au milieu du pont, il ouvrit son sac et un chat noir en surgit qui franchit le pont en quelques bonds.

Le Diable poussa un rugissement qu'on entendit à des lieues à la ronde. De rage, il lança le marteau qu'il tenait encore à la main et qui se ficha dans la terre, où il est resté.
L’histoire ne dit pas si le Diable s’est vengé par la suite et ce que devint le pauvre chat. Mais il reste le pont et une croix cassée qui, selon la tradition populaire, est le fameux marteau.

Pour les habitants de Lannilis ou de Plouguerneau, c’était surtout un obstacle de taille pour se rendre visite ou faire des échanges commerciaux, car il fallait des heures pour remonter le long de la rivière et trouver un passage facile là où les rives étaient proches. Et pourtant… on se voyait d’un bord à l’autre, et il eût fallut d’un rien pour qu'on puisse traverser et gagner beaucoup de temps. De plus, la marée remontait le courant deux fois par jour, et la rivière redescendait aussi deux fois par jour et les remous étaient dangereux…

Que les esprits terre-à-terre se rassurent, il existe une autre version de l’histoire de ce pont, et tous les possesseurs de chats noirs vous confirmeront que même si au Moyen-Age, on les a brûlés avec les sorcières, ce sont des compagnons adorables.